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lundi 12 mars 2012

Bornéo

Bien souvent il faut montrer des orangs-outangs morts ou en cage pour faire réagir la majorité de mes concitoyens. Il faut montrer à quel point ils s’empoisonnent pour les faire changer d’habitude, à défaut de les faire s’apitoyer sur le sort de populations en détresse. Je préfère plutôt faire mon Yann Arthus Bertrand et vous montrer ce que l’on est en train de perdre.

Bornéo est la quatrième plus grande île du monde après l’Australie, le Groenland et la Nouvelle Guinée. Ses 725 500 km² de superficie se partagent entre 3 pays : l’Indonésie, la Malaisie et le Sultanat du Brunei. A Bornéo il y a aussi une diversité humaine arrivée il y a 45 000 ans. On compte plus de 140 langues et dialectes dans le Kalimantan (sud), plus de 50 à Sabah (Nord Est) et plus de 30 à Sarawak (Nord Est).
Le climat y est de type tropical et l’île était au siècle dernier presque entièrement couverte de forêts très diversifiées avec :
  • Des mangroves, qui sont des marais maritimes situés dans les estuaires et les régions côtières. Le WWF estime que les mangroves occupent encore 20% des superficies originales soit environ 1,2 millions d'hectares.
  • Des forêts marécageuses (tourbeuses), qui sont des forêts qui reposent sur des zones très humides où les végétaux ne peuvent pas se décomposer comme dans une forêt classique et forment ainsi de la tourbe. Elles représentent 10 millions d’hectares.
  • Des forêts montagneuses, situées entre 900 mètres et 3300 mètres caractérisées notamment par une végétation plus courte. « En 2002, il reste encore environ 70 % (1,6 million d'hectares) des forêts montagnardes originelles de Bornéo (2,27 millions d'hectares). »
  • Des forêts kerangas, qui sont des forêts humides sur sols sableux. Le mot "kerangas" est le mot indigène Iban pour désigner une «terre sur laquelle on ne pourra pas cultiver du riz» en raison des faibles teneurs en azote dans les sols. Avec plus de 6 millions d’hectare à l’origine, il n’en resterait plus.
  • Des forêts de diptérocarpacées, du nom des arbres géants (45 mètres) qui sont très présents dans ces forêts de plaine et abritent une énorme diversité d’espèces. Il en restait encore 30 millions d'hectares en 2002. L’analyse des pollens fossiles révèle que ces forêts seraient vielles de plus de 30 millions d’années. [1]
Rhinoceros Hornbill
Bornéo nous offre une explosion de vie et de diversité. Entre 1994 et 2004, au moins 361 nouvelles espèces ont été découvertes, et on continue encore d’en découvrir de nos jours [2]. Parmi ces découvertes : 50 espèces végétales, 260 insectes, 30 poissons, 7 grenouilles, 6 lézards, 5 crabes, 2 serpents et une espèce inconnue de crapaud ! Mais l’île habite aussi des espèces qui n’existent pas ailleurs, des espèces endémiques.

Il y a jusqu'à 15 000  plantes à fleurs différentes à Bornéo [3]. Il y a également plus de 3 000 espèces d'arbres, dont 267 espèces de diptérocarpacées qui sont des grands arbres de forêt tropicale produisant du bois précieux et des résines. Ils sont considérés comme le groupe le plus précieux des espèces commerciales de bois dans la région.

Espèces dans le règne Végétal : 34% de plantes endémiques
  •  Espèces de plantes : 15 000
  • Arbres : >3000
  • Diptérocarpacées : 267  (155 endémiques)
  • Orchidées : >2000
  • Fougères : >1000
Espèces dans le règne animal
  • Mammifères : 222 (44 endémiques)
  • Oiseaux : 420 (37 endémiques)
  • Serpents : 166
  • Amphibiens : 100
  • Poissons : 394 (19 endémiques)
  • Papillons colorés : 40 (4 endémiques)

Mais quelles sont ces plantes ? Deux exemples.

Rafflesia
L’équipe de Hiroko Kurokawa [4] a étudié l’Eusideroxylon zwageri. Cet arbre est aussi appelé bois de fer en raison de ses propriétés exceptionnelles. Grace au carbone 14, l’équipe a déterminé que E. zwageri peut vivre jusqu’à 1000 ans, son tronc grossissant de 6 mm par an !

On trouve aussi à Bornéo l’extraordinaire Rafflesia ou « fleur à viande » ou « fleur cadavre ». C’est la plus grande fleur du monde. Elle attire les insectes à cause de son odeur de chair en décomposition. La fleur peut avoir un diamètre allant jusqu'à 106 cm et peut peser jusqu'à 10 kg.

Parmi les espèces animales on compte aussi les mythiques éléphant et rhinocéros de Bornéo.


Le WWF résume que dans les années 1980 le couvert forestier était de 75 %, pour tomber à 50 % en 2005. Entre 1985 et 2005, 850 000 ha de forêts ont été perdues chaque année. A ce rythme il n’y aura plus rien en 2020. 85 % de la biodiversité est perdue dans les champs de palmiers, rien à voir avec des forêts !



[1] Muller, J:  Palynological Study of Holocene Peat in Sarawak; 1970; Proceedings of the symposium on humid tropics vegetation, UNESCO
[2] WWF Germany. 2005. Borneo: Treasure Island at Risk
[3] MacKinnon K., Hatta G., Halim H. and Mangalik A.:  The Ecology of Kalimantan; Oxford University Press, 1997
[4] The age of tropical rain-forest canopy species, Borneo ironwood (Eusideroxylon zwageri), determined by 14C dating. Hiroko Kurokawa et al.2003. Journal of Tropical Ecology, olume: 19, Issue: 01, Pages: 1-7

2 commentaires:

  1. triste constat et belle découverte de nouvelle plante

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  2. C'est terrible en effet, surtout qu'en plus la majorité de cette huile ne va servir qu'à rendre obèses et malades les consommateurs.
    Consommateurs qui pleureront quand il se rendront compte que la forêt de laquelle ils auraient pu tirer des éléments de fabrication de médicaments a totalement disparue à cause de la déforestation créée pour fabriquer l'huile qui les a rendu malades !!!!!!
    Donc l'industrie pharmaceutique pourra produire encore plus de médicaments chimiques à base de pétrole, pétrole qu'il faudra aller demander "gentiment" aux pays producteurs grace à quelques armes....
    Et tout cela juste pour le profit de quelques industriels, commerciaux, marchands d'armes et hommes politiques pourris !!
    Pauvre monde ! Cela fait plaisir de voir qu'il existe encore quand même quelques personnes courageuses et nobles de coeur sur cette planète pour lutter contre tout ça.
    Merci pour votre blog et votre combat, bonne continuation.

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Merci de commenter l’article ci-dessus, et donc, après l'avoir lu.