1)
Lumdas naaken
Mais 209 employés sont requis pour ces plantations de
palmiers à huile. On a toujours droit à ce dilemme : emplois vs
environnement. En fait là c’est différent : les Lumads vivaient très bien sur
ces terres avant d’en être privés. Payla ne peut plus vivre avec l’unique hectare
de terre qu’il lui reste, alors qu’elle disposait autrefois de six hectares dont
elle et sa famille avaient hérité.
2) Les Penans
Plus
de 40 groupes ethniques vivent à Bornéo, parmi lesquels les
chasseurs-cueilleurs Penans. Ces derniers vivent au nord de la partie Malaisienne
de l’île de Bornéo, dans les forêts tropicales du Sarawak, un territoire qui
après une guerre civile fut dominé par les rajas blancs pendant 3 générations :
James Brooke (1803-1868), après avoir aidé le prince du sultanat de Brunei, fut
nommé raja (gouverneur) de la région de Kuching (province du Sarawak). Le
Sarawak devint une colonie de la couronne britannique en 1946, obtint
l'indépendance en 1963 et rejoignit la Fédération de Malaisie.| 1 cent de 1986 avec James Brooke (site) |
Mais
une fois les bois précieux abattus, les palmiers ou autres monocultures en
place, que reste-t-il ? Des rivières asséchées ou polluées, des forêts
vidées des animaux et des plantes essentielles. Mais le palmier à huile est
pire que toute autre exploitation, car avec les terres recouvertes de palmier,
plus rien n’est disponible pour les Penans.
| Sagoutier |
A
l’heure actuelle l’Etat de Sarawak ne donne pas aux Penans la reconnaissance de
leurs droits territoriaux. [2] Survival souligne
qu’en 1987, plusieurs communautés penanes ont protesté contre la déforestation
de leurs terres mais que les compagnies détruisent leurs forêts, leur culture
et donc leurs vies malgré leur résistance. Tout ça pour les bois précieux et
maintenant l’huile de palme. En s’y opposant, de nombreux Penans sont arrêtés.
Survival
nous rapporte le témoignage d’un chef Penan dont les terres ont été converties
en plantations de palmiers : « Nous avons été dépossédés par la force de
notre terre et de nos forêts. Nos arbres fruitiers ont disparu, nos zones de
chasse ont été considérablement réduites et nos rivières sont polluées, les
poissons meurent. Auparavant, il y avait plein de sangliers par ici.
Aujourd’hui, nous en chassons à peine un tous les deux ou trois mois ».
Bruno
Manser [3] (1954
- ?) a été l’un des héros de la défense de ce peuple. A la base il partit
en Malaisie afin de vivre et de s’instruire auprès de populations locales. Il
vécut parmi les Penans entre 1984 et 1990. C’est justement en partageant leur
vie qu’il fut confronté aux sociétés locales d'exploitation du bois et aux
conséquences que cela avait sur ce peuple. Bruno Manser se fit connaître en
publiant des carnets sur sa vie au cœur des frets et en faisant part de ses
combats pacifiques contre les bûcherons. Il rejoignit la Suisse après avoir été
pourchassé par les autorités. En 1986,
il n'échappa que de justesse à une arrestation. Après six années passées dans
la jungle, il parvint à quitter la Malaisie incognito et à regagner la Suisse.
De là, il comptait informer l'opinion publique de la situation prévalant au
Sarawak et devint défenseur de la cause des Penans par le harcèlement des
responsables politiques ou par des grèves de la faim. Livres, films et conférences n’y firent rien.
Il retourna dans la jungle en 1990 et on signala sa dernière présence en 2000.
Il fut déclaré disparu en 2005.
Une fondation portant son nom continue le
combat. http://www.bmf.ch/fr/?lang=fr
3) Les Bagyeli
![]() |
Le gouvernement du Cameroun a signé un Protocole d’accord avec
BioPalm Energy Ltd (une filiale de SIVA Group, basé à Singapour) pour la
création d’une plantation de palmiers à huile de 200 000 hectares dans le département
d’Océan. Ce projet a été lancé le 24 août 2011, malgré l’opposition du peuple
autochtone Bagyéli à la décision d’affecter ses terres coutumières à la
plantation de BioPalm[5].
Un récent travail de terrain du Forest People Programme
(FPP) a montré que ni le projet ni l’État n’ont respecté le consentement libre,
préalable et éclairé (FPIC)
des Bagyéli requis par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des
peuples autochtones, que le Cameroun a ratifié.
A Kilombo [6],
les habitants de ce petit village coincé entre deux plantations n’ont reçu
aucune indemnisations. Il n’ont plus de moyens de survie, les plantations leur
étant interdites d’accès, les maladies comme le paludisme ou le choléra se
développent, et la mauvaise alimentation et la pollution de l’eau représentent
d’autant plus un problème que la pharmacopée naturelle n’est plus
accessible.
Pourtant, sans complexes, notre consommation se fait au
détriment de ces peuples. Qu'on le veuille ou non, notre bois, notre or, notre
huile de palme sont produits dans la majorité des cas en détruisant des peuples,
des forêts et des cultures traditionnelles. A moins de penser que nous sommes
supérieurs à ces gens, pouvons-nous accepter de les démunir ? Le déclin de
ces peuples et de leurs savoirs ne représente-t-il pas une grande perte pour
l'humanité ? Sont-ils moins importants ? Moins évolués ? Parce que nos
besoins sont plus importants que les leurs, que nous ne sommes pas sensibilisés
aux modes de vie et à l’existence de ces civilisations différentes, notre
société en profite. Nous perdons notre humanité. Alors quand on en arrive à
dédaigner des peuples, quelle est la place de l'environnement ?
Comme citoyen européen je ne suis pas légitime pour faire la
leçon aux gouvernements camerounais ou malais, mais je peux par mon mode de
consommation exiger d’autres produits, d'autres échanges.
En
savoir plus :
[1] JANESS ANN J. ELLAO. novembre 2011.Bulatlat.com. Palm oil plantation
grabs land, harasses farmers, indigenous peoples in Misamis Oriental
[4] Ethno
Web. Ressources en ethnologie. http://www.ethno-web.com/articles.php?action=show&numart=174
[5] Forest People Programm. 7 Octobre, 2011. Lien

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