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mercredi 4 avril 2012

Ne laissons pas seuls ces héros de la palme

Dans l’article « palm€ » je vous résumais les déboires des paysans locaux face aux bulldozers des compagnies de palme qui font du zèle.
Sous nos tropiques, des ONG et des journalistes nous rapportent leurs combats. Mais là-bas aussi s’organisent des associations et des actions. Petit tour d’espérance.

1. Indonésie

Sawit Watch  est une ONG présente dans 17 provinces d’Indonésie et fédérant des dizaines d’autres structures. Son nom signifie « surveillance sur l’huile de palme », sawit voulant dire huile de palme en indonésien. Elle regroupe des personnes préoccupées par les impacts sociaux et environnementaux du développement des plantations de palmiers en Indonésie. Sawit Watch cherche à promouvoir la justice sociale en se fondant sur le droit local. Etudier les questions liées à la palme, aider les paysans, les petits producteurs et les peuples indigènes, témoigner, et faire pression sur les acteurs sont les axes de travail du groupe. A leur actif par exemple, la mise en lumière des violences envers les populations locales

Sawit watch a fait savoir dans un communiqué de presse que, tout au long de l'année 2011, des actes de violence et de violation des droits humains se sont produits en Indonésie. A Senyerang, dans la province de Jambi, des morts sont à déplorer, tués par de balle ! La Coalition paysanne asiatique (APC)  et l'Alliance du mouvement de réforme agraire (AGRA) rapportent le désarroi de 1500 personnes pour récupérer leurs terres et résister à leur accaparement par PT Karya Wira Sakti (WKS), une filiale de Sinar Mas Group. Le 21 Décembre 2011 , les agriculteurs de Senyerang ont bloqué des entrées de villages pour demander l’arrêt de ces conflits fonciers et des pressions auxquelles ils font face. Mais le groupe Sinar Mas est l'un des plus grands conglomérats en Indonésie. Il a de nombreuses filiales travaillant dans le papier, l'immobilier, les services financiers, l'agroalimentaire (dont l’huile de palme), les télécommunications et les mines. Depuis 2001, 52 000 hectares de terres ont été accaparées dans la contrée. La PT WKS a ainsi obtenu des concessions pour des plantations industrielles pour un total de 357 461 hectares dans cinq districts de la province de Jambi. Un responsable explique que le ministère des Forêts à cédé, par un décret, le droit de ces terres à la compagnie. L’ordre est donc de déplacer les populations locales qui doivent abandonner leurs terres coutumières où elles avaient des plantations d'acacia, d'eucalyptus, etc… La PT WKS n’a pas hésité à utiliser la violence, assistée par la police, des militaires et des hommes de main, pour réaliser les expulsions. Pendant le blocus d’un village, un homme a été tué par balle.

Malheureusement, la violence continue encore dans plus de sept provinces. Le bilan se porte à 9 morts et 58 blessés. Sans aide du gouvernement et confrontée à la violence de toute part, Sawit Watch exhorte la police à défendre les droits des populations locales, appelle les donateurs à l’aide pour soutenir les populations, mais demande aussi à tous les consommateurs de « cesser la consommation de produits fabriqués par les sociétés qui violent les droits humains et qui détruisent l'environnement, des produits tels que l'huile de palme et le papier et ses dérivés. ». Car finalement, cette huile et ce papier, pour qui sont-ils produits en masse ?? Au passage, Sinar Mas fait partie de la table ronde pour une palme durable...

Mais des victoires arrivent aussi. D’un point de vue juridique, la cours constitutionnelle a approuvé la demande de 4 paysans indonésiens d’abandonner 2 articles de loi. Ces agriculteurs avaient reçu des peines d'emprisonnement allant de six mois à un an, conformément à l'article 21 de la loi de 2004, pour des actions de protestation afin de récupérer leurs terres ancestrales. Et cet article de loi indonésien interdisait toute action ou perturbations des plantations. La loi prévoyait jusqu’à 500 000 € d’amende et 5 ans de prisons. Mais en ce jour de mars 2011, la cours a indiqué que les articles en cause étaient anticonstitutionnels. Elle a indiqué que les cas de conflits fonciers entre agriculteurs autochtones et populations non autochtones devaient être réglés de manière judiciaire ou par la médiation. Une victoire qui rééquilibre les forces.

2. Indonésie/Europe/EU
L’organisation Scale Up  a été fondée par des activistes sociaux, des universitaires multidisciplinaires et des militants d'ONG variées pour maintenir les efforts d’un développement social, responsable et durable. Elle agit auprès de la société civile, des gouvernements et du secteur privé. Le Forest People Program (FPP) par exemple relaye les informations émanent de cette organisation afin de supporter les peuples autochtones des forêts dans leur lutte pour défendre leurs terres et moyens de subsistance, via des rapports et des actions d’avocats et de juristes. Des plaintes sont déposées en consortium avec d’autres ONG contre des banques ou des groupes de l’industrie agroalimentaire . Cela permet pendant certains temps l’arrêt de financements.

Mais n'y-a-t-il qu'eux ? Certains s'occupent des singes comme Kalaweit, il existe aussi la Malaysian Nature Society, l'ONG d'origine allemande sauvons la forêt, mais aussi la très connue Survival, le Bruno Manser Fonds, cultural survival, le rainforest foundation, Paneco... des dizaines, des centaines.

Le gouvernement camerounais a récemment signé un accord pour la création d’une plantation de palmier à huile de 200 000 hectares. Le projet a débuté en août 2011 malgré l’opposition du peuple autochtone Bagyéli. Le travail de FPP  a montré que ni le promoteur du projet, ni l’État n’ont respecté la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones  (ratifié par le Cameroun) : « Les peuples autochtones ne peuvent être enlevés de force à leurs terres ou territoires. Aucune réinstallation ne peut avoir lieu sans le consentement préalable – donné librement et en connaissance de cause – des peuples autochtones concernés et un accord sur une indemnisation juste et équitable et, lorsque cela est possible, la faculté de retour. »
Les moyens de subsistance des Bagyéli sont principalement la chasse, la pêche et la cueillette de produits de la forêt pour leur alimentation et médecine. Avec les cultures de palmiers, ce mode de vie ne sera plus possible : un peuple voué à l’extinction et à la pauvreté, une histoire similaire à celle du peuple Pennan de Bornéo. Ce projet ne prévoit aucune compensation pour les peuples autochtones. Des écoles ont été promises en échange, mais on attend de voir. On attend aussi de voir si, lorsque les plantations péricliteront, les écoles resteront. Mais comme le souligne le FPP, on ne sait même pas si le peuple Bagyéli pourra profiter du travail créé sur place, la compagnie prévoyant l’emploi de personnels extérieurs.

4. De quoi espérer
Les actions des paysans ne se limitent pas aux exploits des ONG locales ou internationales et des syndicats. Le salut vient aussi de la forêt elle-même. J’ai trouvé un article du Courrier International qui reprend un article du journal indonésien Kompas .

On nous raconte l’histoire de Sues qui fut obligé de céder neuf hectares de ses terres à une compagnie pour la plantation de palmiers à huile en 1985. Il ne fut pas le seul car des dizaines d’autres personnes subirent alors le même sort dans son village à Kalimantan-Ouest, sur Bornéo.
Muhammad Nuh est le président d’un groupement d’agriculteurs qui fait depuis 2003 de la résistance aux industriels grâce une initiative ambitieuse et intelligente. Comment ? En cultivant un arbre qui était en voie de disparition et qui rapporte beaucoup d’argent ! Ainsi 143 hectares d’Aquilaria crassna produisant de la résine de gaharu ont été plantés. La résine extraite est utilisée en médecine, en cosmétique et pour des encens. Sa culture est encouragée par le gouvernement et la demande est très importante. Ainsi les agriculteurs peuvent diversifier leurs cultures et leurs revenus. L’article nous rappelle, via la voix du directeur du département des plantations de Kalimantan-Ouest, que les palmiers à huile occupent 750 948 hectares et que, ces dix dernières années, 300 000 hectares de terres appartenant aux paysans ont été accaparés par les grandes plantations de palmiers à huile. Comme quoi sans palme, on nourrit aussi le monde !
Dans un litre de palme que nous consommons, quel volume est issu de plantations choisies par les populations locales ? Alors quand on me demande si vivre sans palme n’est pas trop contraignant, je ris. Jaune.

Vous le voyez, des ONG se battent, des paysans trouvent des parades. Soutenons-les.

1 commentaire:

  1. Bonjour,

    J'ai lu avec plaisir l'article paru dans les DNA vous concernant.
    BRAVO ! Par le biais de cet article, j'espère que des personnes qui ne connaissaient pas les effets négatifs de l'huile de palme sur notre santé, seront maintenant sensible à cela. A force d'en parler on arrivera à l'enlever ou du moins à le diminuer.
    Je chasse les mauvais ingrédients mis dans nos aliments,les produits cosmétiques... En allant sur ce blog j'ai encore appris des choses. Merci.

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Merci de commenter l’article ci-dessus, et donc, après l'avoir lu.