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samedi 9 juin 2012

L’huile de palme au secours du climat !

"Par rapport au soja, le palmier absorbe 10 fois plus de CO2 et relargue 10 fois plus d’oxygène ! [1] Ses émissions d’oxygène équivalent d’ailleurs à celles de la forêt primaire ![2]"
 
Vous n’y croyez pas ? Ne jetons pas la pierre aux très sérieux coconutresearchcenter, palmoiltruthfoundation, deforestationwatch et americanpalmoil qui désinforment du mieux qu'ils peuvent pour nous rendre la culture du palmier à huile éco-friendly. Voir même nous laissent penser que si l'on est vraiment soucieux de l'environnement, la culture du palmier est La solution tendance. Curieux, j’ai voulu en savoir plus. La palme du culot 2/2 (voir article 1)

Un fait pour commencer : si des forêts sont rasées pour laisser la place à des plantations de palmiers à huile, l’agrodiesel produit avec l’huile de palme est pire pour le climat que le diesel conventionnel : les émissions de carbone dues à la déforestation sont si importantes qu’il faudra entre 86 et 423 années de production d’agrocarburants pour les annuler [3].
Mais comment une plante qui pousse, et donc capte du CO2, peut-elle émettre dans son bilan final plus de CO2 qu’elle n’en pompe ? Et comment peut-on avoir 2 bilans opposés ? Tout simplement en ne se focalisant que sur une partie de la problématique. D’un point de vue du bilan carbone, le cycle de vie entier des forêts et des palmeraies n’est pas pris en compte : petites explications.

Une forêt stocke du carbone dans sa biomasse « visible » que sont les feuilles et les branches pour faire simple. C’est bien connu, par la photosynthèse, le dioxyde de carbone dans l’air est transformé en oxygène et en biomasse (qui est de la matière carbonée). Voici un premier lieu de stockage. Les forêts stockent aussi du carbone sous forme de sol car celui-ci recueille les branches mortes, feuilles et tous les « déchets » issus des arbres. Mais un sol réémet aussi du CO2, par l’action des microorganismes qui dégradent les matières organiques. En général, le bilan carbone annuel d’une forêt déjà mature est positif : il y a plus de carbone absorbé que de carbone réémis. Sans tenir compte des pets des orangs-outans qui tiennent une part négligeable dans ce bilan.

Alors en effet, si on compare les bilans carbone annuels d’une forêt primaire déjà mature et d’une palmeraie en pleine croissance, la palmeraie est meilleure élève que la forêt primaire tourbeuse + 5 tonnes de CO2 séquestré contre 2,6. 

Mais ce ne sont pas ces chiffres qu’il faut prendre en compte ! En effet, avant de planter la palmeraie, qui capte effectivement du CO2, il a fallu raser et brûler la forêt, ensuite la matière organique accumulée va se décomposer, ce qui a provoqué la perte des stocks de CO2 accumulés. Et avec toute la bonne volonté du monde, une palmeraie, dont la durée de vie est de 25 ans en moyenne, ne pourra jamais re-capter autant de CO2 que ce qu’avait accumulé la forêt avant elle.

Et le bilan est encore pire lorsque les palmiers sont plantés sur une ancienne forêt tourbeuse, ce qui est le cas pour près de 27% des palmeraies [4]. Dans les forêts tourbeuses, la matière organique morte est très peu dégradée, et donc le sol accumule beaucoup de carbone au fil du temps : c’est un gros puits à carbone. Une fois la palmeraie en place, le changement d’affectation du sol provoque la libération du carbone accumulé par la forêt précédente, qui ne pourra de loin pas être compensé par le carbone piégé par les palmiers de la plantation. Si on considère la perte progressive du carbone du sol et la libération directe liée aux brûlis, le bilan net de la palmeraie est largement négatif.
Au final, une forêt tourbeuse accumule chaque année, 2,6 tonnes de CO2/ha[5] alors que la plantation de palmiers en émet 169 tonnes/ha/an si elle est située sur d’anciennes forêts tourbeuses pendant 25 ans.

Il n’y a que dans le cas où la palmeraie est située sur une ancienne prairie que le bilan est positif, avec une assimilation nette d'environ 5 tonnes de CO2 par hectare chaque année. Ainsi au bout de 25-30 ans, le gain net de stock de CO2 à l’hectare sera entre 60 et 120 tonnes [6]. Pas assez donc pour que le bilan global des palmeraies sud asiatiques soit positif.

Mais les émissions de CO2 ne sont pas seulement dues aux pertes de carbone des sols, mais par la culture. Une revue (résumé d’articles scientifiques) de la RSPO[6] (table ronde de l’huile de palme) conclut que les émissions de gaz à effet de serre dues à l’utilisation de pesticides et d’engrais dans les palmeraies revient à une émission de 1000 à 1500 kg CO2 /ha/an. Les déchets aqueux de pressages (POME) sont responsables de 2500 à 4000 kg CO2 /ha/an. 


[1] http://www.coconutresearchcenter.org/soy-deception-article.htm, http://www.palmoiltruthfoundation.com/index.php?truth=1
[2] “Oil palm trees are unique in a way that they have higher leaf area index that allows them to have better photosynthetic efficiency. This results in the palm trees to produce more oxygen to the air and absorb more carbon dioxide from the atmosphere. A study has shown that an oil palm tree has a leaf area index of 5.6 which is comparable to that of the rainforests.” http://www.americanpalmoil.com/environmental.html
[3] Fargione, J. et al. Land clearing and the biofuel carbon debt. Science, Washington, 2008.
[4] FAO State of the World’s Forests, 2010.
[5] Résumé : http://www.geog.le.ac.uk/carbopeat/press/pr2.html#footnote1. Le projet CARBOPEAT, initié par l’UE et basé en Grande Bretagne étudie les forêts tourbeuses
[6] Greenhouse Gas Emissions from Palm Oil Production. Literature review and proposals from the RSPO Working Group on Greenhouse Gases. 2009

1 commentaire:

Merci de commenter l’article ci-dessus, et donc, après l'avoir lu.