"Par rapport au soja, le palmier
absorbe 10 fois plus de CO2 et relargue 10 fois plus d’oxygène !
[1] Ses émissions
d’oxygène équivalent d’ailleurs à celles de la forêt primaire ![2]"
Vous n’y croyez pas ? Ne jetons pas la pierre aux très
sérieux coconutresearchcenter, palmoiltruthfoundation, deforestationwatch et
americanpalmoil qui désinforment du mieux qu'ils peuvent pour nous rendre la culture du palmier à huile éco-friendly. Voir même nous laissent penser que si l'on est vraiment soucieux de l'environnement, la culture du palmier est La solution tendance. Curieux, j’ai voulu en savoir plus. La palme du culot 2/2 (voir article 1)
Un fait pour commencer : si des forêts sont rasées pour
laisser la place à des plantations de palmiers à huile, l’agrodiesel produit avec
l’huile de palme est pire pour le climat que le diesel conventionnel : les
émissions de carbone dues à la déforestation sont si importantes qu’il faudra
entre 86 et 423 années de production d’agrocarburants pour les annuler [3].
Mais comment une plante qui pousse, et donc capte du CO2,
peut-elle émettre dans son bilan final plus de CO2 qu’elle n’en
pompe ? Et comment peut-on avoir 2 bilans opposés ? Tout simplement
en ne se focalisant que sur une partie de la problématique. D’un
point de vue du bilan carbone, le cycle de vie entier des forêts et des
palmeraies n’est pas pris en compte : petites explications.
Une forêt stocke du carbone dans sa biomasse « visible » que
sont les feuilles et les branches pour faire simple. C’est bien connu, par la
photosynthèse, le dioxyde de carbone dans l’air est transformé en oxygène et en
biomasse (qui est de la matière carbonée). Voici un premier lieu de stockage. Les
forêts stockent aussi du carbone sous forme de sol car celui-ci recueille les
branches mortes, feuilles et tous les « déchets » issus des
arbres. Mais un sol réémet aussi du CO2, par l’action des microorganismes
qui dégradent les matières organiques. En général, le bilan carbone annuel
d’une forêt déjà mature est positif : il y a plus de carbone absorbé que
de carbone réémis. Sans tenir compte des pets des orangs-outans qui tiennent
une part négligeable dans ce bilan.

Alors en effet, si on compare les bilans carbone
annuels d’une forêt primaire déjà mature et d’une palmeraie en pleine
croissance, la palmeraie est meilleure élève que la forêt primaire tourbeuse +
5 tonnes de CO2 séquestré contre 2,6.
Mais ce ne sont pas ces chiffres qu’il faut prendre
en compte ! En effet, avant de planter la palmeraie, qui capte
effectivement du CO2, il a fallu raser et brûler la forêt, ensuite la
matière organique accumulée va se décomposer, ce qui a provoqué la perte des
stocks de CO2 accumulés. Et avec toute la bonne volonté du monde,
une palmeraie, dont la durée de vie est de 25 ans en moyenne, ne pourra jamais
re-capter autant de CO2 que ce qu’avait accumulé la forêt avant elle.
Et le bilan est encore pire lorsque les palmiers sont plantés sur une
ancienne forêt tourbeuse, ce qui est le cas pour près de 27% des
palmeraies [4].
Dans
les forêts tourbeuses, la matière organique morte est très peu dégradée, et
donc le sol accumule beaucoup de carbone au fil du temps : c’est un gros puits
à carbone. Une fois la palmeraie en place, le changement d’affectation
du sol provoque la libération du carbone accumulé par la forêt précédente, qui
ne pourra de loin pas être compensé par le carbone piégé par les palmiers de la
plantation. Si on considère la perte progressive du carbone du sol et la
libération directe liée aux brûlis, le bilan net de la palmeraie est largement
négatif.
Au final, une forêt
tourbeuse accumule chaque année, 2,6 tonnes de CO2/ha[5] alors que la plantation de palmiers en
émet 169 tonnes/ha/an si elle est située sur d’anciennes forêts tourbeuses
pendant 25 ans.
Il n’y a que dans le cas où la palmeraie est située sur une ancienne
prairie que le bilan est positif, avec une assimilation nette d'environ 5 tonnes de CO2 par hectare chaque
année. Ainsi au bout de 25-30 ans, le gain net de stock de CO2 à l’hectare
sera entre 60 et 120 tonnes [6]. Pas assez donc pour que le bilan global des palmeraies sud asiatiques soit positif.
Mais les émissions de CO2 ne sont pas seulement
dues aux pertes de carbone des sols, mais par la culture. Une revue (résumé d’articles scientifiques) de la RSPO[6]
(table ronde de l’huile de palme) conclut que les émissions de gaz à effet de serre
dues à l’utilisation de pesticides et d’engrais dans les palmeraies revient à
une émission de 1000 à 1500 kg CO2 /ha/an. Les déchets aqueux de pressages
(POME) sont responsables de 2500 à 4000 kg CO2 /ha/an.
[1] http://www.coconutresearchcenter.org/soy-deception-article.htm,
http://www.palmoiltruthfoundation.com/index.php?truth=1
[2] “Oil palm trees are unique in
a way that they have higher leaf area index that allows them to have better
photosynthetic efficiency. This results in the palm trees to produce more
oxygen to the air and absorb more carbon dioxide from the atmosphere. A study
has shown that an oil palm tree has a leaf area index of 5.6 which is
comparable to that of the rainforests.” http://www.americanpalmoil.com/environmental.html
[3] Fargione, J. et al. Land
clearing and the biofuel carbon debt. Science, Washington, 2008.
[4] FAO State of the World’s Forests,
2010.
[5] Résumé :
http://www.geog.le.ac.uk/carbopeat/press/pr2.html#footnote1. Le projet CARBOPEAT, initié par
l’UE et basé en Grande Bretagne étudie les forêts tourbeuses
[6] Greenhouse Gas Emissions from Palm
Oil Production. Literature review and proposals from the RSPO Working Group on
Greenhouse Gases. 2009


excellents articles. Merci à vous pour votre travail.
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