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dimanche 8 décembre 2013

Vers une prise de conscience ?


Ces derniers mois, le petit monde de l’huile de palme frémit. Le dernier coup de grâce est venu du fameux amendement Nutella, non adopté finalement, mais qui trouve sa source bien en amont.

A partir du 13 décembre 2014, le règlement européen n° 1169/2011 à propos des informations sur les aliments devrait être appliqué en France, mais aussi en Belgique et dans le reste de l’Europe[1]. Cette réglementation devrait aboutir à la mention exacte des huiles végétales utilisées dans un produit. Un grand pas. Cependant, les dérivés d’huile de palme comme les émulsifiants, et bien sûr les composés des produits d’entretien, cosmétiques etc. ne sont pas concernés. Demie victoire aussi car le système de feu (vert, orange, rouge) pour indiquer clairement et rapidement les propriétés[2] d’un produits a été tué dans l’œuf par la vertueuse et bienveillante agro-industrie[3]. La Suisse devra aussi d’ici 2016[4] indiquer l’origine de ses huiles végétales et rendre plus visibles les informations nutritionnelles.
La matière grasse végétale, une mention bientôt rangée au rayon de la paléontologie
L'huile de palme RSPO, le nouveau dada sur lequel il ne faut pas être trop à cheval

Certainement poussé d’un côté par l’évolution de la réglementation et de l’autre par la très mauvaise presse faite à l’huile de palme, les plus gros acteurs s’inquiètent.

Est-ce pour cela qu’une « Alliance française pour une huile de palme "durable" » a été créée[5] ? Site web (en .org!), twitter et tout le tintouin avec les « spécialistes » qui nous annoncent qu’il n’y a de toute façon aucun problème. On a même vu un
« consortium sur la santé et l'huile de palme » sous la houlette d'un « institut de recherche ». Un bel écran de fumée, un peu propagandesque. Le site web de l’Alliance française pour une huile de palme "durable" essaie de brouiller les pistes en annonçant une « huile de palme durable, […] qui prévient la déforestation » puis plus loin restreint ses exigences aux forêts à haute valeur environnementale et tourbières. En fait les industriels de cette alliance n’ont rien fait d’autre qu’une promesse d’approvisionnement en huile de palme RSPO, et donc cette alliance ne sert à rien d’autre qu’à mettre en avant cette démarche entamée depuis quelques années déjà dans un but de communication. Pas un mot sur la responsabilité de ces entreprises dans leur politique d’approvisionnement passée, ni sur leur refus de communiquer les informations utiles sur les denrées alimentaires, ni sur le greenwashing manifeste dans leurs publicités. Les problèmes passés n’existent pas mais les solutions actuelles sont terriblement vendeuses. Bref, rien de neuf par rapport au label RSPO, le zéro déforestation n’est toujours par garanti, seules certaines forêts sont « protégées » et les plantations établies avant 2005 sur d’anciennes forêts sont certifiables. Ce label et l’alliance sont fortement imprégnés de greenwashing… Danone admet que l’huile de palme « non durable » pose des problèmes environnementaux et s’est aussi lancé dans l’huile RSPO récemment[6]. Mais leur impact est négligeable en terme de volume d'après eux, alors c'est plutôt pour le geste. De vrais gentilshommes.
Ces « prises de consciences » très tardives sont à double tranchant. Soit un processus est entamé et l’huile de palme RSPO est une transition vers un commerce plus vertueux encore, soit c’est un coup de bluff et les industriels s’arrêteront là en survendant leur nouvelle politique.
Déboisement pour une future plantations de palmiers à huile près du parc national de Tanjung Puting. La concession est un habitat pour de nombreuses espèces en voie de disparition dont les orangs-outans et les singes proboscis (ceux au gros pif, genre Rastatapopoulos, enfin vous voyez quoi). Photo du13/11/2013 © Kemal Jufri / Greenpeace. Bref, c'est pas encore gagné.
Côté amont de la filière, ça bouge aussi. Il est très instructif de voir une filière qui se défendait de tout problème environnemental ou social et se draper maintenant des promesses les plus émouvantes. On se rappellera le concours assez risible qui consistait à envoyer une lettre enflammée sur les bienfaits de l’huile de palme afin de gagner une semaine de voyage en Malaisie (je n’ai plus retrouvé le lien de cette mascarade) et surtout le travail quotidien de sape pour arranger les faits[7]. Bref, avant tout allait bien et maintenant tout ira mieux. C’est très fort et j’aime beaucoup ! Le dernier coup est venu de Wilmar qui est l’un des plus gros producteurs et exportateurs d’huile de palme : 45 % de l’huile de palme échangée dans le monde passe par ce groupe. Bon la fiche explicative est de nouveau difficile à retrouver sur leur site web mais se trouve ici[8][9]. En termes clairs, Wilmar promet No Deforestation, No Peat, no Exploitation : Pas de déforestation, pas de tourbières (détruites), pas d’exploitation (humaine). Le groupe promet de ne plus se fournir auprès de palmeraies écologiquement douteuses et dans lesquelles les droits des travailleurs sont bafoués. Moi qui pensais que ce n’étaient que des ragots sans fondement[10]. Mais là aussi le terme de déforestation ne s’applique qu’à certaines forêts et il sera difficile pour le consommateur d’être certain de la tenue de ces promesses. Quoi qu’il en soit, que le leader du secteur se détourne de certaines de ses mauvaises pratiques sur l’ensemble de sa filière est un message fort. Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Quel sera l’effet de cette nouvelle donne ? On ne peut qu’attendre et rester vigilent. Nomment sur les plans com’ autour de la question. Si le mal est déjà fait sur un certain nombre de parcelles, autant avoir de l’espoir pour les parcelles qui seront établies dans le futur, ainsi que pour les petits producteurs qui vendent leur production de fruits du palmier et pour les ouvriers des plantations actuelles. 

Phase suivante, les dérivés d'huile de palme explicités ? Ici les mono et di-glycérides d'acides gras.

[1] Question à l’Assemblé de Mme Abeille http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-31457QE.htm


[3] http://blogs.rue89.com/dessous-assiette/2010/06/13/le-lobby-agro-alimentaire-pret-a-gagner-la-guerre-des-etiquettes-154603?page=2


[5]  Des industriels français veulent promouvoir une huile de palme "durable" Le Monde.fr 02.09.2013  http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/09/02/des-industriels-francais-s-engagent-a-utiliser-de-l-huile-de-palme-durable_3469589_3244.html





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